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GAGNER DU FRIC !

GAGNER DU FRIC !

Comme son titre ne l'indique pas, ceci est un blog littéraire.

Par le miracle

de la technologie moderne j'avais perdu le texte écrit à mon réveil.

Effacé, perdu, mort, envolé sur un nuage peut-être. On ne sait plus avoir la tête dans les nuages, on y fait voyager des textes, qui s'y perdent. Sinistré comme les objets dont j'avais dressé la liste interminable pour ma compagnie d'assurance. Je m'y étais même excusé de mon infidélité auprès de la muse qui m'avait accompagné depuis mes débuts, comptant qu'elle me pardonnerait d'écrire pour ce nouvel ami : comme nous, un écrivain.

Il n'était pas question de réécrire sur le souvenir, la musique ne se retrouverait pas telle qu'elle s'était créée. Une autre en prendrait la place, que je sentais de fureur. Tandis que depuis plus de six mois quelqu'un m'avait enfin redonné le goût d'écrire, la perte que j'en ressentais était de rage et de mort. Je recomposais de nouveaux paragraphes, qui se perdaient à nouveau. Et de nouveau, et il m'était impossible de recomposer les mêmes, mon souvenir ne me trahissait pas mais les sentiments éprouvés ne sauraient revenir identiques d'un instant à celui qui suivait. Cela n'arrive jamais, il faut attendre des siècles pour que le miracle se reproduise.

J'avais lu jusqu'à la mort invisible, cachée, honteuse, de Houda, mort que le narrateur avouait lui-même avoir fui. Puis j'avais dû interrompre ma lecture pour reprendre l'écœurante liste de mon sinistre. Si une pensée, un objet, disparus, sinistrés, peuvent laisser en nous un tel volume de désespoir, de sinistre, pour peu qu'on les ait un tant soit peu aimés, qu'en est-il alors d'une femme disparue, par inadvertance, une femme en qui l'on a joui tandis qu'on l'a aussi aimée ?

Au moins une feuille de papier recouverte de signes d'écriture peut-on chercher si on l'a posée quelque part avant d'éprouver ce sentiment de mort irrémédiable... J'avais eu avant de commencer la lecture la légère appréhension d'ouvrir un livre militant, mais j'avais tout de suite retrouvé le désespoir indifférent qui m'emporte aussitôt, sans que cela en soit une copie, d'un écrivain cher à mon cœur, et dont j'ai beaucoup parlé ici. La mort des géraniums et Saint Josse le breton auraient pu m'y guider, de même que l'abondance des rois, bretons, numides, pays disparus et de nos jours oubliés, et même belge, un pays pour rire et marocain, dont le narrateur réussissait à faire un pitoyable histrion par une lecture de journal....

Une journée inhabituellement matinale commençait, avec une perte irréparable, un nouveau livre rempli d'amours incertaines et de cafards, et encore une ou deux cigarettes dont les cendres allaient tracer des traînées dans mes draps. Je buvais moins que le narrateur, mais je fumais, sans respect pour moi-même, n'importe où et n'importe comment, mais selon des rituels minutés et immuables.

Par le miracle

Pour ajouter au sinistre, avais-je perdu mes capacités d'écriture, mon seul reste d'humanité heureuse, je voulais ajouter une phrase, une scène, d'un livre qui n'est pas perdu, non perdu, mais enfoui chez moi, quelque part, sous une pile de papiers, de livres, de vieux vêtements même, sur lequel je marche peut-être chaque jour sans le savoir.

Je voulais ajouter, et je ne l'ai même pas cherché, recherche que je savais d'avance vaine. D'extraits par cette même technologie moderne je n'ai trouvé que cent fois les mêmes, flattant l'esprit ethnographique, érotique, la sexualité fantasmée du Maroc, la fashion enfin, comme il se dit depuis quelques années avant qu'un mot nouveau ne vienne mettre celui-ci au rancard des nouvelles vagues...

Par le miracle

De cette merveille, L'amande, j'aurais voulu, hommage à Houda, citer la phrase que ma mémoire ne peut que reproduire maladroitement : "Driss avait arrêté la DS sur la voie ferrée et la locomotive approchait."

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On peut lire ici une petite interview de l'auteur : https://www.societedesecrivains.com/parole-aux-auteurs-messin-issa/

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