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GAGNER DU FRIC !

GAGNER DU FRIC !

Comme son titre ne l'indique pas, ceci est un blog littéraire.

A un ami que je n'ai jamais rencontré

Cher ami,

c'est marrant - marrant est ici une façon de parler - en vous écoutant, et puisque je parle moi-même de musique, j'ai même connu le phénomène que vous décrivez dans un petit milieu comme celui de la musique !

Quand j'ai découvert les musiques traditionnelles, j'y ai plongé par pur plaisir - un tout petit peu par idéologie peut-être, car j'étais écologiste d'extrême-gauche à l'époque mais le plaisir était le plus fort, c'était, et c'est toujours, une pure extase.

Mais très vite, déjà à l'époque, l'idéologie a pris le dessus dans ce milieu. Moi qui jouais, chantais, écoutais et dansais dans la transe, je découvrais que chez d'autres, chez la majorité, la culpabilité reprenait le dessus. Nous avions une excuse, la musique que nous faisions revivre était la musique des vieux paysans, vieux et paysans et par conséquent exploités et opprimés, mais par un phénomène psychique inconscient, la plupart sentaient que cette musique était trop blanche pour être politiquement correcte. Bien sûr, tout cela était de l'ordre du non-dit, et il m'a fallu toutes ces années - et sans doute votre analyse - pour pouvoir le formuler ainsi.

Mais c'est ce qui m'apparaît clairement maintenant. A l'époque sont donc apparues les musiques dites métissées, insupportable marmelade acoustique qui détruisait du même élan la merveille des timbres uniques de la musique européenne avec ceux de la musique non européenne. Métissage était devenu le maître-mot et ma souffrance, la grande, l'unique mode, et on métissait en force n'importe quoi avec n'importe quoi, pas uniquement avec des musiques supposées immigrées mais du folk avec du jazz, du folk avec du rock, du folk avec du 25.000 volts, et cependant jamais du folk avec de la musique classique, trop blanche sans doute...

On célébrait l'autre non pour ce qu'il pouvait nous faire entendre de beau mais pour ce qu'en le parasitant il nous faisait oublier que nous avions voulu être nous-mêmes. Je crois avoir perçu qu'heureux d'être invités ils ne sentaient pas que ce n'était pas l'expression d'un quelconque amour pour eux, mais de la honte et de la propre détestation que l'on avait de soi-même.

Fleurissait un nouveau jargon où Festival des musiques traditionnelles vivantes signifiait qu'on les avait déjà considérées comme mortes et que l'on avait besoin de se réunir pour signifier le honteux enfouissement de leur dépouille.

J'ai lutté contre ce mouvement car je voulais continuer à entendre les musiques qui me transportaient. Je suis passé à cette époque pour un facho, pour un mal-baisé et j'ai oublié les autres noms d'oiseau.

C'est à cette époque que mon extrême-gauchisme a timidement commencé à se dissiper, dans un vague malaise indéfinissable.

Et je retrouvais mon émerveillement quand, dans un petit concert, je pouvais écouter deux musiciens iraniens, puis, APRES mais - mon dieu non pas ensemble ! - une famille de chanteurs du nord de l'Angleterre.

A un ami que je n'ai jamais rencontré

En Suède, quand on mange ce plat délicieux qu'est le Pytt i panna (les restes de la veille passés à la poêle), on sert la confiture de groseilles sur le bord de l'assiette, à côté des pommes de terre et de la viande sautées, mais jamais, au grand jamais mélangées.

Les passant au broyeur on avait gommé les aspérités et les stridulentes beautés de leurs musiques en même temps que des nôtres.

Les mélanges réussis ne peuvent être l'œuvre que d'êtres d'exception.

 

En hommage à Aldo Stérone, Lena Willemark, Light in Babylon, Julia Frölich et -  Dave Swarbrick -

A des milliers d'autres.

&

A tous ceux qui ont su entendre.

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Cordes, timbres, voix, mémoires...

(Clic)

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"Nous n'avons pas de culture." Mona Sahlin, ancienne ministre suédoise.

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