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GAGNER DU FRIC !

GAGNER DU FRIC !

Comme son titre ne l'indique pas, ceci est un blog littéraire.

Un pervers, mon frère.

Un pervers, mon frère.

Je suis complètement effondré par ma découverte. Comment ai-je pu mettre si longtemps pour m'en rendre compte ? C'est un bloc de haine. De la haine pure et froide. Je croyais connaître la haine, mais j'en ignorais tout. C'était la colère que je connaissais. De la colère j'en suis rempli, mais la colère ça éclate, n'importe quand et avec violence, tout le monde le voit et on m'en a fait assez souvent le reproche. Je reste, accablé, comme après avoir découvert le mal absolu. Voilà pourquoi il est toujours si calme. La haine n'a jamais besoin d'éclater. Il lui suffit de l'instiller, par petites touches, de temps en temps, sans que personne ne s'en rendre compte, pas même moi. Je me croyais intelligent, mais sa haine l'est mille fois plus que moi. En quelques minutes il a distordu les souvenirs, inversé les chronologies, retourné les culpabilités. Son but est de détruire, ou de dominer, non pour dominer mais pour se faire des alliés dans son œuvre de destruction. Il n'aime pas, a-t-il jamais su le sens de ce mot, mais il montre ce qui ressemble à de l'amour à ceux qui, à leur corps défendant, rentrent dans son jeu de destruction. Sauf que pour lui cela n'a rien d'un jeu, il détruit réellement et physiquement. Ceux qui comme moi l'ont suivi pendant des années pour peu à peu se détourner de son but, il les a jetés du jour au lendemain. Moi qui rêvais de réconciliation et de retrouvailles, ça ne l'a jamais intéressé. Tout au plus, de pouvoir peut-être me manipuler à nouveau comme il l'avait fait pendant mes trente premières années. Celui qui ne lui pas obéi dans ses injonctions à haïr, il ne l'a jamais aimé, si tant est que ce mot ait pour lui et moi la même signification, il me l'a déclamé assez souvent. Les autres le suivent et il les accepte, fait semblant de les aider et ils ne voient rien. Comment le pourraient-ils, puisque moi-même il m'a fallu des décennies et deux catastrophes pour comprendre. Rien ne le trahit, si ce n'est parfois, cet imperceptible geste de méchanceté qui lui tord la lèvre et qui lui est si caractéristique, une fugace expression de victoire sadique sur son visage, un mot lâché par mégarde. Tout petit, il a vraiment tenté de me détruire, y compris par les coups, parce que seul je lui résistais, mais l'adolescence nous avait rapprochés parce qu'à la faveur de la nouvelle mentalité du moment il avait réussi à me faire épouser sa haine. Et à faire de moi le même raté qu'il était en train de devenir. Devenir un raté pour détruire sa famille. Mais si seulement il avait été le premier de l'Histoire ! Il était parti en me laissant le soin de continuer la tâche sur nos frères et sur nos parents, mission dont je m'acquittais avec fidélité. La différence étant que ces frères à l'égard desquels il n'avait qu'indifférence, je les aimais, je les aimais vraiment. Il y avait autre chose que la haine pour nous réunir, mais cette haine qu'il avait su me transmettre avec patience et habileté, j'avais mis mon point d'honneur à l'enseigner aux plus jeunes. Pourtant il y avait eu autre chose entre nous, mais la haine était trop forte, ils m'ont eux aussi rejeté lorsque j'ai commencé à la remettre en question. Alors il est revenu pour s'assurer qu'elle ne se perdrait pas. Il les a repris en mains tels qu'ils m'avaient abandonné, et ils n'ont rien vu. Je suis simplement devenu le pestiféré colérique, le dingue qui gâchait toutes les fêtes. A présent que son œuvre se termine, que ma mère est presque entièrement détruite dans son lit d'hôpital, il jouit, il est heureux. Je l'ai vu, j'ai vu sa jouissance sur son visage lorsqu'il a dit clairement qu'il allait la faire obéir. Il a atteint son but il est heureux. Plus qu'être heureux. Il jouit. Pendant un instant il n'a pas su le cacher et je l'ai vu.

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