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GAGNER DU FRIC !

GAGNER DU FRIC !

Comme son titre ne l'indique pas, ceci est un blog littéraire.

De la divination, où le visionnaire n'est pas celui qu'on croit.

Il se dit beaucoup de choses, suite à des attentats qui se sont déroulés récemment sur notre sol. Il se dit que Michel Houellebecq, dont j'ai amplement parlé, a fait œuvre de divination...

J'ai déjà dit en long et en large pourquoi moi et d'autres apprécions ce grand écrivain, mais lui-même est le premier à se défendre d'être un visionnaire. La couverture de Charlie Hebdo du jour de la parution de son livre et de l'attentat l'aurait sans doute bien fait rire s'il n'avait pas perdu un ami cher ce jour-là.

De la divination, où le visionnaire n'est pas celui qu'on croit.

Non, s'il faut chercher un auteur qui a été visionnaire, probablement sans s'en douter car c'était il y a seize ans, il s'agit d'Arnaud Cathrine.

Au vu de ce qui semble se dessiner depuis un mois, l'horreur qui se profile à l'horizon serait plutôt celle qu'il a décrite dans un court roman qui nous lacère de souffrance et de peur, Les yeux secs.

De la divination, où le visionnaire n'est pas celui qu'on croit.

                                                         Illustration de couverture © Pierre Mornet & J'AI LU

Un pays est en guerre mais on ne voit jamais l'ennemi, son nom n'est même pas évoqué. La vraie guerre, celle qui hurle et qui tue à chaque page du roman, semant un peu plus à chaque phrase la méfiance la peur et la mort, se joue au sein du pays même, entre ceux qui soutiennent la guerre et ceux qui la rejettent. L'ennemi est en nous, il a notre visage, parle notre langue et vit, dans la maison voisine, l'exacte même vie que nous. Impossible de savoir en qui placer sa confiance et sa défiance, l'erreur ici conduisant à une mort assurée, et l'on va, par défiance, aller jusqu'à tuer celui qui vient dans le but de vous aider. Celui qui était venu vous apporter à manger.

On ne tente même pas d'imaginer à quoi ressemble ce pays contre qui la guerre est menée, d'imaginer à quoi ressemblent ses soldats, peut-être rit-il de nous voir nous entredéchirer, à moins qu'il ne vive la même tragédie que nous. Pas un bruit, pas un mot, ne nous parvient des soldats de ce front irréel, on devra se contenter de savoir qu'il existe, mais on n'apprendra même pas quelle en est la raison.

Dans ce pays de cauchemar peuplé de miliciens assassins dont les camions parcourent les rues dans leurs camions à la recherche des réfractaires, deux enfants. Deux enfants silencieux, blottis au milieu de l'odeur des cadavres de leurs parents. Puis un autre un cadavre, celui qu'ils ont tué par défiance. Deux enfants immobiles, silencieux, se donnant l'apparence de la mort pour tromper les miliciens qui vont et viennent dans la maison. Deux enfants morts pour rester en vie, le frère gardant les yeux secs tant qu'il veille sur sa sœur.

Il faut vivre, il faut manger, il faut sortir... Odell, le frère, tandis qu'Hamjha pleurait, a gardé les yeux secs. Il va se décider à faire confiance, faire confiance à Tökson, leur voisin...

"Parce que, au fond, ce n’est pas normal d’avoir les yeux secs. On croit être inattaquable mais ça creuse en dedans d’avoir les yeux secs."

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Les yeux secs, Arnaud Cathrine, 1998, Editions J'AI LU/Collection Verticales, Gallimard

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