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GAGNER DU FRIC !

GAGNER DU FRIC !

Comme son titre ne l'indique pas, ceci est un blog littéraire.

En deuil.

J'étais en deuil d'un espoir, et c'était tout aussi douloureux et cela mettait autant de temps de à guérir.

Un espoir pouvait mourir comme un être, d'accident, d'avoir glissé sur les galets mouillés d'un petit ruisseau en bas de la maison, niché comme au fond d'un jardin japonais, tranquille et attendant chaque jour au creux d'une petite colline les regards mélancoliques des rares passants, qui s'y arrêtaient toujours quelques secondes, frappés de façon inattendue par la sérénité du paysage et le murmure apaisant du courant. Là pourtant l'espoir s'était noyé et moi seul l'avait su.

Tandis que je m'acquittais de tâches administratives, plus ennuyeuses encore que d'habitude, qui m'avaient obligé à quitter le refuge de mon lit, j'entendais toujours dans le creux du val caché le murmure enchanteur du ruisseau. Murmure enchanteur, enchanteur et traître. De ma vie, ce murmure ne m'avais jamais quitté, et je savais qu'il ne me quitterai pas. Il me pressait de terminer ces formulaires à remplir - obligatoirement sur l'ordinateur, et donc levé, et assis devant le clavier, le téléphone ne me permettait pas encore de remplir ces chiffres et ces codes depuis le fond de mon lit - pour me replonger dans l'oubli des rêves, ne plus entendre, avant la naissance d'un probable prochain espoir, l'appel du chant de l'eau sur les galets.

Demain. Demain sans doute serait un autre jour, mais serait-il identique au précédent, nouveau jour de deuil ou jour de réveil ? Je n'aspirais plus qu'à me replonger dans l'antre de mon lit, oublier le jour à venir, oublier que chaque jour serait suivi d'un lendemain, annonciateur d'autres lendemains, et ainsi pour une éternité de lendemains.

Le ruisseau chantait, la brise chuchotait dans les ramures dépouillées par l'hiver parmi la course irrégulière et dispersée des arbustes le long de la vallée, et le temps d'un instant, le ravissement saisissait les rares passants.

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"Mais il n'en a jamais lu une seule page.

Lorsque je lui demande ce qu'il en pense, il me répond :

- C'est absolument impossible. Si je le lis jusqu'au bout, il sera terminé, n'est-ce pas ? Je ne veux pas être l'artisan d'un tel gaspillage."

Yôko Ogawa, "Cristallisation secrète"

 

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